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Epicurisme autour d’un week-end à Paris

Julien Fournier

En arrivant à la gare de Bayonne lundi matin, je savais que la recréation touchait à sa fin. Je repassais sous tutelle alimentaire, et mon tube digestif allait enfin prendre l’air. Lorsque l’on m’apprenait que le déjeuner se nommait salade verte et sardine à l’huile, le temps pluvieux me rendait même heureux. Face à cette nouvelle destructrice, je me sentais littéralement en tempête émotionnelle, aussi perdu qu’une lentille sans saucisse. Ce matin-là, je revenais de Paris où le périple bistrotier avait été capital. Mais rentrons plutôt au chaud, dans ces lieux remplis d’une vie impériale.

Il m’arrive de prendre, de temps en temps, le train afin d’épouser la dame de fer durant un week-end de romance faisant pousser la panse. J’y ai mes habitudes, bien aidé par une colocation jadis pleine d’enthousiasme. Ces rendez-vous dans la grande ville permettent de faire briller nos yeux et de gober des œufs. En meurette ou mayonnaise, la gamète sortie du derrière de la poulaille nous met constamment à notre aise. Si je montais pour pieux de jours, je passerais mes moments dans les lieux de culte. Mais comme je montais pour peu de jours, je préférais jouir d’endroits qui exultent.

Mon ami cher me promettait un premier dîner dans des entrailles vierges de nos sourires canailles. La seule information glanée fut que la carte était comme je les aime. Diable, le bougre avait compris que je n’aimais pas saucer du yaourt ! Je ne suis pas Maharajah l’asticot ! Aussi, nous mettions le moment présent sur un piédestal, tant les retrouvailles ne sont, avec lui, jamais banales. Os à moelle pour commencer, souris d’agneau au thym, puis crème brûlée pour finir ce premier tour de main. Vivement demain midi que l’andouillette vienne apporter son côté aérien… Car oui, nous étions attendus dans un temple du bien, au sein du quartier des Halles. Le genre de temple dans lequel même un protestant ne ressortirait pas très catholique. Il faisait chaud, et les corps de la tablée de copains s’arrondissaient au fur à mesure que la messe prenait de l’allégresse. Il y avait de tout sur la table : un poulet criant « fermier bien derrière vous avant de partir », une andouillette aussi puante qu’un prout post-cassoulet, et quelques sérieux Rhodaniens en guise d’eau bénite. Nous nous entendions à peine parler, mais nous devinions le bonheur de nous rassembler. Vous auriez un peu plus de pain ?

Le programme de mon séjour me permettait de sauter le prochain repas, estimant que je n’allais présenter aucune carence pour autant. Et puis il y avait le dimanche, jour sacré pour la volaille française ainsi que pour nous, qui comptions persister à sucrer allègrement nos fraises. Nous désirions un peu plus de mobilité que la veille, histoire de nous tenir le plus longtemps en éveil. Nous options pour une déconstruction de préjugés, puisque nous filions à la hâte dans un marché semi-couvert, repère des quadragénaires à moustache apparente et bonnet au-dessus des oreilles. Il y avait ici plus de bobos que la banquise répertorie de pingouins. Un café de spécialité ? Si cela n’est pas dérangeant, l’asticot, je prendrai un expresso.

La nostalgie n’avait pas l’opportunité de s’emparer de mon jarret, même si le départ approchait. Il y a des liens inexplicables, qui se renforcent au quotidien ou lorsque l’on se revoit autour d’une table. Le partage d’une bouchée enivrante reste le meilleur réseau social existant, où le sourire avec un brin de persil entre les dents devient un « moi aussi je t’aime, absolument. »

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